Tuesday, December 12, 2006

Comment j'ai violé le Père Noel ( Confession d'un enfant du siècle)



Au moment où débute cette histoire, qui est davantage une confession qu’une narration, j’étais assis en tailleur dans ma douche. Le pommeau là-haut crachait une douce pluie qui s’ébouriffait tranquillement sur mes épaules et alors que je me perdais dans la contemplation du rideau je me suis aperçu bien malgré moi que le bas en était tout tacheté de reflets pisseux. Chose étrange car je n’avais pas pour habitude de pisser sous la douche. C’est alors qu’une chose en amenant une autre je me suis souvenu de cette étrange aventure de ma lointaine jeunesse, du temps où prostate oblige je pouvais encore lever la jambe dans la salle de bain et pisser où bon me semblait.

Il était une fois donc dans une contrée lointaine que l’on appellera Paris un jeune bambin, plus proche du joyeux garnement que du beau chérubin, qui, un soir de veille de Noel attendait non pas le Père mais ses cadeaux. La liste rédigée aux crayons de couleur avait été postée quelques temps auparavant, histoire de ne pas être surprise pas une grève inopinée, sait-on jamais c’était alors dit le vaurien. A l’instant où l’attente devenait insupportable et où le repas n’en finissait pas, coincé entre sa mémé et sa tatie, notre héros sifflait goulûment ses huitres. Ca giclait un peu et ça coulait un brin mais il les gobait à pleine bouche. A défaut de petits suisses il se serait bien lancé dans une bataille d’huitres, mais parait-il, cela ne se fait pas chez les gens bien. Lui-même ne savait pas si il était bien ou pas, tout engoncé qu’il était dans son veston, la laine de ses chaussettes chatouillant ses mollets, et sa raie bien peignée qui séparait le sommet de son crâne en deux lignes bien distinctes et toutes huilées. Nonobstant il attendait le Père Noel, espérant trouver dans ses chaussures les quelques présents qu’il avait noblement soumis à l’aval parental. Et avouons le il n’en pouvait plus de ce repas, sans parler des poutous de sa mémé qui l’étouffaient dès qu’il ouvrait le bec. Il l’aurait bien étouffé de dinde aux marrons comme disait la chanson qu’il ne connaissait pas encore. Néanmoins l’envie était bien la et cette brave grand-mère fricotait sans le savoir avec sa dernière heure. Mais heureusement pour lui, et surtout pour elle, elle ne devait être rappelée que quelques années plus tard suite à un arrêt ventilatoire causé par un innocent noyau d’abricot. Elle en avait crachée son dentier parait-il, dentier qui depuis n’a jamais été retrouvé d’ailleurs. Revenons à notre chapon qu’il dégustait bien proprement au milieu de conversations qui ne soulevaient pas la foule ; ça parlait de tout sauf de cadeaux. Il profita du digestif pour aller se vider la vessie, sobrement posé sur le trône, les jambes décroisées, de l’air de celui qui passe un bon quart d’heure, le sourire aux lèvres.

C’est alors qu’il entendit très distinctement un grognement. Apeuré il regarda dans les toilettes mais ce qu’il vit ne l’inspira guère, en tout cas cela ne pouvait point grogner. Il tira alors la chasse et sortit. Les grognements reprirent de plus belle, en provenance de la cheminée. Et puis soudain un bruit lourd, de la poussière noire partout et une forme gargantuesque qui émerge de l’antre encore toute flambante de cette belle buche que son père avait acheté à la station service au pied de l’immeuble. C’était le Père Noel pardieu ! Encore tout fumant de sa rencontre avec la braise, mais la barbe blanche et crépitante comme dans les contes ! Ah le joli personnage, il était tout comme on lui avait dit qu’il serait. Tout de rouge vêtu, un beau brin d’homme qui plus est, un peu bedonnant, mais en pleine santé, le regard fier et la voix rauque. Il déposa sa hotte et entreprit de la fouiller méthodiquement. « Hum, hum, hum », fit-il. Le poète ! L’amoureux des belles lettres ! Mais il referma bien vite son sac aux mille trésors avec une moue dépitée. « Je n’ai rien pour toi mon enfant », dit-il. Quoi ? Comment ? Rien ? Comme rien de rien ? Pas une cacahouète à se mettre sous la dent ? Pas même le petit train électrique en solde ? Ah ça non ça n’allait pas se passer ainsi ! Notre chenapan ne fit ni une ni deux et poussa le Père Noel de toutes ses menues forces, et le bonhomme surpris s’écroula contre la cheminée.

Boum ! Il n’en restait plus grand-chose du gaillard vous pouvez me croire. Et il faisait plus le mariole c’est moi qui vous le dis. Au passage et pour la forme je lui ai mis quelques coup de pieds bien placés, histoire que Maman Noel ne tombe plus jamais enceinte. Du bel ouvrage, tout comme il faut. Avec la manière et le panache. Il était dans les vaps le coco. J’en profitais pour tout déballer, vider sa grande hotte de toile au pied de la cheminée, et défaire les paquets. Je déchirais tous les emballages, pourfendais toutes les boites, arrachais les pompons et les nœuds, éventrais le papier, et à chaque fois j’en restais pantois. Rien ! Le vieux avait donc raison, pas un cadeau pour moi, qui pourtant avais été bien sage tout au long de l’année. J’en pleurais, de ces larmes de petits garçons qui coulent comme ça sans trop dire pourquoi. C’est alors que se qui dut arriver arriva.

Et quand le Père Noel se réveilla il ne comprit pas trop où il se trouvait. Il ramassa bien vite tous les cadeaux déchiquetés à demi ahuri encore et les enfourna d’un coup dans sa besace qu’il jeta ensuite sur son épaule. L’ascension fut plus pénible que la descente, mais il se hissa néanmoins sur le toit de notre immeuble. Ce n’est que lorsqu’il posa son doux postérieur sur la selle de son traineau qu’une violente douleur lui foudroya l’échine ; son arrière-train gémissait. Il avait bien mal aux fesses ce n’est pas moi qui vous dirais le contraire. Je l’imaginais cambré en deux sur ses rennes, le visage cramoisi, la peau du derrière encore rubiconde du souvenir de cette passion vengeresse. Je pensais à tout cela tandis que j’honorais fièrement la bûche, cette aventure m’avais mis en appétit comme vous vous en doutez. Quoiqu’il en soit en allant me coucher ce soir là j’avais cessé de croire au Père Noel et je m’endormais béatement, encore ivre de notre étreinte ludique.

Lorsque je rouvris mes yeux de coquin le lendemain matin je me précipitais dans le couloir et couru jusqu’au salon où encore tout ensommeillé je vis étalé sous le sapin comme autant de merveilles fabuleuses mes cadeaux. Et ô joie ils étaient tous là, du petit train en solde jusqu’au puzzle de cent vingt pièces. Alors je vous l’avoue humblement je me suis tout de suite mis à jouer avec tous ces présents, en m’imaginant qu’à quelques milliers de kilomètres d’ici mon amant devait être assit dans un bac à glaçons entrain d’essayer de comprendre d’où pouvait bien venir cette arthrite impromptue qui lui lancinait le bas du dos. Car j’avais frappé jusqu’à l’os dans mon courroux, je ne fais pas les choses à moitié.

La conclusion de cette histoire mes gaillards vient à point nommé car je finis tout juste de déposer ma meringue, qui, emportée par son élan prodigieux a disparue sans que j’ai eu le temps d’en évaluer la couleur ou la consistance. Je déteste ces moments là. Alors que ce conte de Noel n’a plus de secret pour vous il ne me reste plus qu’à tirer la chasse. Néanmoins j’aimerais vous poser une question à l’emporte-fesse si j’ose dire, maintenant que vous connaissez le pourquoi de cette aventure pouvez me dire comment j’ai violé le Père Noel ce soir là ?


2 Comments:

jez said...

avec l'aide de papa...

Anonymous said...

j'adore. pas besoin de dissection.

s